L'association fondée par Régine Goinère a pour objectif d'aider les patients à améliorer leur qualité de vie.
Le dernier film de Bertrand Blier raconte la rencontre étonnante entre un malade et son cancer. Il fallait oser l’humour noir sur un sujet aussi grave. Mais attention, ce film dérangeant peut percuter tous ceux qui n’ont pas assez de recul sur la maladie.

Lorsque Charles, un écrivain alcoolique (interprété par jean Dujardin), reçoit la visite de son cancer (incarné physiquement par Albert Dupontel), il n’y est évidemment pas préparé car le cancer arrive toujours à l’improviste ! Mais celui-ci est poli puisqu’il se présente : « bonjour, je suis votre cancer. » Une joute verbale s’engage alors entre eux. Des dialogues forts claquent comme : « un cancer ne porte pas de bagages, un cancer ça porte la poisse. » Le film reflète là une vérité incontestable, à savoir la soudaineté et la violence de la maladie. De fait, Charles ira jusqu’à se battre physiquement avec son cancer.
L’écrivain se pose de vraies questions sur un ton dérisoire qui fait plus sourire que rire : « Je regarde ma piscine vide, j’ai mon sceau à glace, j’ai mon cancer, que demander de plus ? » De l’amour peut-être. Le scénario pourrait même faire une très bonne pièce de théâtre surtout lorsque qu’un second cancer arrive : un cancer féminin touche l’employée de maison de Charles. Louisa (la frémissante et tendre Anne Alvaro) est secrètement amoureuse de son patron. Charles entend « niquer l’adversaire » et c’est l’illusion de l’amour tendrement salvateur qui les portera vers un voyage inattendu. On apprend au passage qu’il y a bien « des cancers pour patrons, et des cancers pour employés »…
Aborder un tel sujet était audacieux. De fait, l’humour permet souvent de dépasser des moments douloureux. Pierre Desproges se moquait bien de son cancer : « Noël au scanner, Pâques au cimetière !», écrivait-il. De plus, ce film repose sur d’excellents comédiens, avec une mention spéciale à Albert Dupontel. Dans le film « Deux jours à tuer » de Jean Becker sorti en 2008, le comédien incarnait un homme qui faisait éclater violemment sa cellule familiale et amicale. On comprenait à la fin du film que l’homme se mourait d’un cancer et préférait être détesté pour être moins regretté. Ici, il incarne à la perfection un méchant cancer «à la tête de furoncle ». Il est odieux, terrible, affreux et ne laisse aucun répit à Charles : « Vous avez une vie de merde…je ne vois pas ce qui s’oppose. » L’incarnation du cancer est la bonne idée du film ! Son autre mérite est de démontrer à quel point le cancer est omniprésent dans la vie d’un malade. Une dimension difficile à percevoir pour qui n’est pas concerné. Le cancer dort, dine, boit avec Charles et le regarde même faire l’amour. Un cancer, ca prend toute la place....
Le film a globalement une tonalité sombre et certains dialogues peuvent être difficiles à entendre : « je vais vous terminer aux débranchements», dit ainsi son cancer à Charles. « J’ai senti une tension intérieure pendant toute la projection, explique Nicole, une ancienne malade. Les dialogues sont violents. Il faut pouvoir recevoir ce type d’humour grinçant et avoir du recul car c’est très noir. Il me semble que le film n’est pas à conseiller à celui qui vient d’apprendre son cancer. Néanmoins, je trouve qu’il balaye avec justesse toutes les pensées qui nous traversent, les angoisses, les remises en causes même non exprimées ou le rapport à la famille. » Pour elle, le film pourra peut-être permettre de dédramatiser et de parler de cette épreuve avec dérision. Le jour de la sortie du film, Sur Europe 1, Albert Dupontel encourageait à aller « exorciser vos craintes ». Pour ceux qui ne sont pas touchés dans leur chair, côtoyer le cancer le temps d’une séance devrait leur apporter un regard différent sur la pathologie.
Marina Lemaire.
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Publié dans : La salle d'infos > Actu
Tags : Le Bruit Des Glaçons, Jean Dujardin, Film, Cinéma, Cancer, Bertrand Blier, Albert Dupontel
Publié le 06/09/2010 à 4h20 - Dernière modification le 12/05/2011 à 12h48
Commentaires : (7)

Je n'aime pas sortir seule, mais là je crois que mon cancer et moi nous allons oser sortir pour aller au ciné...je m'efforçais d'oublier que j'avais un compagnon...
Merci Pascal de me l'avoir rappelé !! j'aime beaucoup votre façon de voir les choses et de les exprimer.
Cordialement
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Tellement de choses justes dans ce film!.Un film dérangeant
comme cette maladie qui dérange .Blier m'a bluffée;j'ai retrouvé une réplique que j'ai par le passé prononcée ou quasiment:" bon un cancer mais...pas toutes les enmmerdes hein?!"
Soleil08
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Mon polype cancéreux du colon s'appelait Hyppolite, on lui a eu la peau ! Le nodule cancéreux de mon sein droit s'appelle Gudule, on va bientôt lui avoir la peau à coup de rayons, après l'avoir assassiné à coup de scalpel ! J'ai donné un nom à ces deux affreux qui se sont bien entendus pour me pourrir la vie depuis le début de l'année ! Ils sont surtout venus me voir le soir, au coucher et j'entendais leurs petites voix me sussurer à l'oreille "nous sommes ton pire cauchemar".... Bravo Monsieur Blier ! Du coup, je n'écrirai pas la pièce de théatre que j'avais en tête ! Ca fait ça de moins à faire ! et je n'aurais pas eu le talent de l'auteur de cette histoire ! Haaaaa ça fait du bien ce film ! Rire intérieurement (beaucoup) des angoisses sur écran m'a libérée de la honte que j'avais de rire des miennes et qui ont interloqué certains de ma connaissance qui me regardaient avec compassion et auxquels je répondais "au moins pendant ce temps là, je ne vais pas au boulot !" J'ai osé le dire et le penser ! et d'autres choses encore que l'on ne dit pas ici ! on devrait avoir un lieu d'injures à cancer et à mauvaises pensées sur le site, je suis sûre que ça en amuserait plus d'un ! Comme disait Desproges : rions un peu en attendant la mort ! laquelle cancer ou pas nous aura tous un jour...
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Marina , merci de votre article et permettez moi sans prétention aucune , de l'angle du "myéloman" en chimio que je suis devant ce film.
Le seul intêrét de mon com étant un ressenti forcément différent car touché par le film avant de l'avoir vu...
TITRE:
la lumière revient déjà....
Hier soir, je suis allé voir au ciné , "le bruit des glaçons", un film que je ne serais sûrement pas aller voir, si j'avais fait partie des "Always alive'.
Pourquoi n'y serai je pas allé?
Mince! Suis déjà entrain de me poser, la question des questions.
Bah, j'en ai rien a foutre du cancer , ça me concerne pas ! On nous balance suffisamment de catas à la téloch pour aller m'alourdir la chape, en allant voir des gens mourir sur la toile, comme dans une dernière séance..
Oui! Mais mon garçon , ça fait quatre ans maintenant que t'es concerné, toi , the "intouchèbeulle".
Ça fait même un paquet de mois où tu remets en cause ton Moi, toi le, "sûre" de toi !
Ok , ok ! Pas taper ! C'est bon.
Je vous raconte de suite pourquoi, il faut aller voir ce film qui au prime abord, pourrait planter un peu l'ambiance d'une rentrée, suffisamment plombante pour tout à chacun , avec son cortège de:
retour au boulot, de courses scolaires pour les gosses, de bronzage position pelage, d'une météo cata, d'une boite mail porteuse de trois semaines d'absence etc etc.
Alors d'abord le contexte , qui commence par : le "qui dans la salle"?
Habituellement c'est pas une question qu'on se pose quand on va au ciné.
Mais là tu as ton cancer et tu vas voir un film sur le cancer...Pas pareil..Hin , hin.
Alors , tu te sens un peu gêné, car tu te dis qu'il y a déjà dedans des gens du club , et tu cherches les sociaux styles enfin les chimios styles...
Les ceux qui sont en plein de dedans , les ceusses qui ont déja eu , les tempes grises , les "plus de tempes" , les perruqués , les ex cancer du seins, les "tiens t'es là toi?", les "merde elle ou il m'a vu", les "pourquoi il est là lui?....
Bref t'es pas à l'aise , enfin moi je ne l'étais pas.
Car il y a aussi , les 'je vais tout simplement au cinoche", et tant mieux car c'est celle la, la catégorie qui nous intéresse.
Celle qui n'a pas d'à priori, celle qui a un regard juste sur la maladie, celle qui te regardera comme une femme ou un homme normal , qui ne te fuira pas, sous prétexte de voir en ton miroir, le pronostic ou le diagnostic de sa future cata annoncée ou envisageable.
Alors oui, c 'est vrai je dois vous parler du film . Je vous le fais court, car pour moi le spectacle est d'abord dans la salle , dans la tête du spectateur présent, et à la fin du film, "quand la lumière revient déjà" et que le film n'est pas terminé...
Le pitch donc:
Un écrivain à succés (dujardin) devenu alcoolo dépendant depuis le départ de sa femme , enfermé dans un mas de Provence, au bord de sa piscine, mais la tête immergée dans son seau à Rosé glacé....son doudou à lui...voit venir sonner à sa porte son cancer, sous les traits d'un homme apparemment invisible( Dupontel).
S'en suit la vie quotidienne , de ce couple , totalement probable, et les échanges liés à leur cohabitation.
Je ne vous en dirai pas plus, par contre je peux vous donner mon sentiment sur la façon dont j'ai reçu ce film .
Précision importante:
Avant d'être chimio dépendant , je suis déja bertrando blio dépendant...C'est pas neutre, et risque de teinter mes commentaires de la plus grande des subjectivité. Un peu comme Télérama , mais eux quand ils font une critique subjective c'est parce qu'ils sont trés intelligents , enfin plus que vous...
Ça veut donc dire que mon niveau d'humour , enfin mon style d'humour , se promène entre la plus grande des feintes et le plus surprenant des trashs. J'ai donc en moi et je m'en sert depuis longtemps contre ma maladie, une pratique de l'humour noir et de l'auto dérision suffisante, qui fait que j'éclaterai de rire quand :
Dujardin se plaignant à l'oncologue d'avoir une tumeur au cerveau et de vouloir être soigné , se prendra un méga coup de boule dans la tronche de la part du praticien, lui répondant en le fracassant : ..."je vais vous le soigner !"
Oui, mon sentiment , pour ce film? J'arrive !
Celui qui a écrit ce film a forcément bien connu le sujet , car si on peut trouver que le film manque parfois de fluidité, et souffre d'une certaine lenteur, force est de constater que tout y est.
Toutes les pièces du "puzzle pathologie cancer", sont là. Pas forcément expliquées, mais toutes suggérées en filigrane:
L'arrivée du cancer, ses origines, les incidences affectives et professionnelles, le passage de l''égoïsme à l'empathie, la découverte des quintessences de la vie, l'entourage etc etc...
Sans oublier, l' intérêt vital d'un entourage familial ou affectif de qualité, nécessaire pour se coltiner la maladie et la combattre sereinement.
En clair, un film , pardon un Blier de qualité, au service d'un optimisme et d'une appréhension positive de la maladie.
Cependant , si je retire ma casquette de cancéreux à humour bizarre, je peux imaginer le côté "dérangeant"de ce film, qui a cependant à le mérite d'être interpellant sur la façon de regarder la maladie différemment.
Pour conclure revenons cependant sur la fin du film , non pas sur l'écran, mais dans la salle.
C'est la première fois que j'assiste à une fin de film où le retour de la lumière n'a pas que comme seul effet de venir vous réveiller de votre voyage en salle obscure.
Je me suis trouvé surpris, comme pris dans des phares , d'avoir un éclairage porté sur moi, uniquement sur moi, avec cet étrange sentiment, que si j'étais le premier a me lever , on verrait ma différence . Oui vous savez , le mec là avec sa couleur de peau un peu jaunâtre , les cheveux un peu court, le visage un peu fatigué....
Mais suis juste entrain de me tromper, car ce regard sur moi , c'est juste celui que je porte en moi, avec tout le poids que j'y mets.
Eh! Oh! Vous rigolez ou quoi?
Vous croyez que je vais faire dans le patoss?
J'ai 51ans! je suis bronzé! Je fais 60 km de vélo par jour! En chimio chaque semaine! Je mange, bois et plus si affinités! En greffe demain !J'aime ! On m'aime! Même pas mal! Suis pas trop con! J'ai un myèlome depuis 4 ans! Merde!
Mais, je visssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssvisssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss!!!!!!!!!
.....C'était la dernière séance, la dernière séquence et le rideau sur mon film n'est pas tombé!
PASCAL
pascal foucher
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Dérangeant...mais chacun reçoit comme il peut ce genre de coup de de poing.
Marie-Claude.
http://www.entreaccompagnants.com
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voilà je l'ai vu et , je l'savais....
j'en ressort émue,quelque peu dérangée; mais comme dirait ma fille en même temps on n'est pas allé voir un Disney!!!!
c'est du pur Blier... Magnifique et aussi oppressant (comme la présence de ma fille que j'ai sentie trés impressionnée!!!)
j'ai été subjuguée par le talent des acteurs... et particulièrement par Anne Alvaro qui me surprend toujours!!!
Un film à voir pour l'émotion qui en émane.
Christiane E.
Belfort
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J'ai été impressionné par ce film. Certains passages m'ont paru d'une justesse incroyable. D'autres moins (avec le fils).
Actuellement en cours de récupération après chimio et rayons pour un cancer du poumon (et un bilan satisfaisant des soins) je n'ai pas été dérangé par cette approche de la maladie. Par contre j'ai été très dérangé par les scènes où le malade est démoli par l'alcool (autre sujet important du film)
Les acteurs sont d'une justesse, d'une force. Et la dérision est subtilement amenée.
J'ai préféré voir ce film seul, et, si habituellement je sais si un film va intéresser mes proches, là je suis incapable de le recommander ou de le déconseiller, preuve s'il en fallait qu'il fait réfléchir!