Elles étonnent par leur courage, leur altruisme et leur détermination à tout mettre en oeuvre contre la maladie. Les femmes, qui souvent parviennent à créer du neuf à partir de cette épreuve, seraient-elles mieux  préparées que les hommes pour y faire face? Analyse de psycho-oncologues.

 

femmes engagées 

La plupart des professionnels engagés dans la lutte contre le cancer le reconnaissent : si le dépistage, les traitements et les recherches liées au cancer du sein ont tant progressé depuis une vingtaine d’années, c’est grâce… aux femmes elles-mêmes ! Il suffit de comptabiliser le nombre d’associations qui se consacrent à l’aide aux patientes, de parcourir les écrits quotidiens de bloggeuses concernées par la maladie, d’écouter ou lire les témoignages (nombreux) d’anciennes malades pour constater l’évidence : les femmes, dans leur majorité, ne restent pas passives face au cancer. Parfois même, comme aux Etats-Unis, elles ont fait de la lutte contre ce mal un véritable combat d’émancipation, transformant chaque malade en militante politique. D’où leur vient cette énergie ?

 

Mettre en paroles avant d’agir


Marie-Frédérique Bacqué, psychologue clinicienne et auteur de « La force du lien face face au cancer » (éd. Odile Jacob), y voit d’abord le fruit d’une  évolution culturelle et historique : « Après la révolution physique, sexuelle et comportementale des années 70, les femmes sont entrées dans une nouvelle prise de conscience : celle de leur rôle politique. Depuis les années 90, elles sont aussi plus motivées car déculpabilisées  quand il s’agit d’exprimer leur ressenti émotionnel ». Car ce ressenti, les  femmes aiment le mettre en mots. « C’est grâce à leur grande capacité d’expression verbale, une oralité désormais autorisée, que les femmes parviennent ensuite à faire acte de création, ajoute la psychologue. Puisqu’elles ont pris leur droit à la parole, leur désir s’est libéré. »

Les hommes, face à la difficulté, auraient plus tendance à passer à l’acte. Positivement lorsqu’ils vont taper dans un putching-ball ou faire un match de rugby pour dégager colère et angoisse, plus négativement lorsqu’ils s’ automédiquent ou adoptent des comportements autodestructeurs comme l’addiction à l’alcool. « A la décharge des  patients hommes, il faut aussi comprendre que les cancers plus fréquemment masculins  (poumons, foie, ORL) sont plus redoutables que les cancers féminins, estime Jean-Luc Machavoine, psychologue clinicien au CH de Flers et au Centre François Baclesse de Caen.Dans ce contexte plus grave de  maladie, de nombreux patients, déjà plus moins déprimés, se montreraient assez passifs ».  

 

Se lier entre elles

 

L’autre moteur des femmes serait la force qu’elles retirent du lien  et des identifications. «« C’est ce qu’on observe dans les groupes de parole, essentiellement composés de femmes , constate Jean-Luc Machavoine ». Et le psychologue de décrire en exemple, et avec émotion, cette course féminine de La Rochambelle, qui  depuis dix ans s’est imposée à Caen comme un véritable événement et a réuni l’an dernier plus de 12000 participantes pour 5Kms à courir contre le cancer du sein (dans le cadre des courants de la liberté). «Il faut voir ces milliers de tee-shirts roses avancer côte à côte, et surtout ces quatre générations de femmes réunies dans un même élan, c’est très impressionnant ! » 

 

Liées, solidaires, les femmes retirent beaucoup d’énergie dans cette sorte d’effet miroir qui les unit à leurs consoeurs. « D’ailleurs, le fait que la profession médicale se soit féminisée depuis quelques années est pour beaucoup aussi dans l’évolution des patientes, estime Marie-Frédérique Bacqué. Avec ces femmes médecins qui sont plus à l’écoute de leurs maux, les malades y puisent de la force ».

 

Savoir  vivre des renoncements

 

Mais dans la psyché féminine, il y a sans doute des ressources encore plus profondes face à la maladie. «De tous temps, les accompagnantes aux grandes étapes de la vie, naissance, décès, étaient des femmes, rappelle Jean-Luc Machavoine. Celles-ci ont toujours su réellement approcher la maladie et la mort ».

Cette connaissance est d’autant plus créatrice qu’elle est vécue  par les femmes dans leur propre  corps. Les cycles de la menstruation accoutumeraient  celles-ci, et dès leur plus jeune âge, à « être douloureuses » selon l’expression de Marie-Frédérique Bacqué. Résultat, les femmes en développent aussi une conscience de leur corps et de la capacité qu’a celui-ci à se régénérer après des périodes difficiles, voire même de souffrance. Autant d’expériences mais aussi de représentations culturelles qui deviennent de puissants leviers  quand il s’agit de lutter contre le cancer.

Pascale SENK

 

Annonce :

Dans le droit fil de cet article, nous vous proposons «Les Engagées », série de portraits de ces femmes qui oeuvrent avec courage et altruisme contre le cancer. A venir prochainement, en premier portrait : Michèle DUPUY, fondatrice et présidente des ENCHANTEUSES.