Après l’ablation d’un sein, les femmes sont confrontées à un choix : apprendre à vivre avec ce nouveau corps ou envisager une reconstruction mammaire.  Certaines patientes refusent d’affronter à nouveau les opérations et les souffrances qui les accompagnent, d’autres finissent par s’assumer ainsi.  Mais pour celles qui se lancent dans la reconstruction, plusieurs options sont possibles avec pour chacune des avantages et des inconvénients.




Les techniques de reconstruction sont de deux sortes : celles par prothèses et celles dites   "autologues ",  c’est à dire par prélèvement et greffe de lambeaux.  L’option médicale retenue dépend de la taille du sein restant, de la qualité de la peau (qui peut avoir été abimée par les séances de radiothérapie),  des éventuelles contre indications (comme le tabagisme) et autant que possible, des désirs de la patiente. La reconstruction se déroule en plusieurs étapes : la reconstruction du galbe du sein, l’éventuelle symétrisation du sein controlatéral, et la reconstruction de l’aréole et du mamelon.


La reconstruction n’est envisageable que 6 mois à un an après la fin des  soins. Néanmoins, elle peut parfois avoir lieu en même temps que la mastectomie. Cette reconstruction immédiate peut paraître séduisante mais elle n’est envisageable que si les médecins sont certains de ne pas avoir à prescrire de radiothérapie par la suite. Par ailleurs, certaines équipes préconisent une nécessaire « période de deuil » afin que la femme puisse accueillir ce nouveau sein, forcément différent de celui qu’elle a perdu.



LA RECONSTRUCTION PAR PROTHESE


La reconstruction par prothèse en silicone -remplacée longtemps par des prothèses en sérum physiologique- est à nouveau d’actualité depuis 2001, année où elle a été déclarée définitivement sans danger. La prothèse est placée sous le muscle pectoral pendant une opération très simple qui peut être comparée à une intervention de chirurgie esthétique. Mais il faut pour cela que la peau du thorax soit suffisamment souple , ce qui peut être facilité par des massages faits préalablement chez un kinésithérapeute ou par la patiente elle-même. Néanmoins, elle ne peut être envisagée que pour des seins petits ou moyens.


Si la peau n’est pas suffisamment distendue, on placera dans un premier temps, une prothèse provisoire dite d’expansion. Elle sera gonflée ensuite chaque semaine par des injections de sérum physiologique jusqu’à obtention de la taille désirée. Puis on la remplacera par la prothèse définitive en silicone. Cette méthode demande beaucoup de patience et oblige les femmes à traverser des périodes intermédiaires qui ne sont pas faciles à gérer.


· Les avantages : c’est une opération rapide, avec des suites opératoires relativement simples. Il n’y aura pas de cicatrice supplémentaire puisque le chirurgien incisera celle de la mastectomie.

· Les inconvénients : L’implant est un corps étranger et peut entrainer une induration douloureuse (durcissement). La prothèse peut se rompre (silicone) ou plus rarement se dégonfler (sérum). Elle peut former des vagues ou des plis ou encore peut durcir jusqu’à former une coque nécessitant son retrait. C’est une méthode qui évolue moins bien que d’autres dans le temps (notamment en cas de variation importante de poids et lors du vieillissement). Dans tous les cas, il faut la remplacer tous les 10/15 ans.

 
LA RECONSTRUCTION PAR GREFFE


A/La reconstruction par lambeau du grand dorsal. Le muscle du dos situé sous l’omoplate sera prélevé en maintenant sa vascularisation, et  modelé à la place du sein. Malheureusement, en cas de poitrine importante, le lambeau ne sera pas assez grand et il faudra soit y adjoindre une prothèse, soit y ajouter des cellules graisseuses par lipomodelage ou liposuccion.
 
. Les avantages : On n’introduit pas de corps étranger et le résultat est plus naturel que lors d’une reconstruction par prothèse.  A tel point qu’il n’est pas toujours nécessaire de procéder à la symétrisation de l’autre sein. D’autre part, la reconstruction est stable dans le temps.
 

· Les inconvénients : Les suites opératoires sont plus douloureuses, notamment au niveau du dos, mais supportables grâce aux antalgiques à base de morphine. Les cicatrices sont relativement importantes. Il existe un risque de lymphocèle (accumulation de la lymphe) dans le dos qui nécessite des séances de kinésithérapie et enfin, un risque de nécrose due à un défaut de vascularisation qui oblige à enlever le lambeau.


B/ La reconstruction par lambeau du grand droit ou TRAM. De la même manière que pour la technique du grand dorsal, on prélève un lambeau de la paroi abdominale pour remodeler le sein. Parfois il sera nécessaire de mettre en place une plaque pour solidifier la paroi abdominale fragilisée.

· Les avantages : ils sont les mêmes que pour la technique précédente avec en plus celui non négligeable de retrouver un ventre plat.

· Les inconvénients : c’est une intervention lourde qui nécessite jusqu’à 10 jours d’hospitalisation et 2 à 3 mois d’arrêt de travail. Il peut y avoir une fragilisation importante de la paroi abdominale avec des conséquences parfois douloureuses.  Là aussi les cicatrices sont importantes et il y a  également un risque de nécrose du lambeau.

Une nouvelle technique a vu le jour récemment : le DIEP. Pour ne pas fragiliser la paroi abdominale, principal inconvénient de la méthode du TRAM, on va prélever uniquement la peau et la graisse du ventre sans toucher au muscle. Pour revasculariser le tout,  le chirurgien va prendre artères et veines et les « rebrancher » à d’autres vaisseaux situés sous l’aisselle. Mais cette technique, encore peu pratiquée en France, nécessite un médecin formé à la micro chirurgie. L’opération est longue (6 à 8 heures) et on déplore des échecs dans 10% des cas.  


APRES LA RECONSTRUCTION DU SEIN


Quelle que soit la technique retenue, le médecin prescrira de la kinésithérapie post opératoire pour récupérer la mobilité du bras et du dos, résorber les œdèmes et améliorer la souplesse du sein.

Il faut compter 3 à 4 mois pour voir le résultat définitif. Lorsque cela s’avère nécessaire, on pratique alors la symétrisation de l’autre sein, une opération beaucoup moins lourde. Certaines femmes profitent d’ailleurs de l’occasion  pour faire augmenter ou diminuer la taille de leur poitrine. La cicatrice sera discrète et les suites opératoires minimes.

Enfin, la dernière phase de ce long parcours est la reconstruction de l’aréole qui se pratique sous anesthésie locale et en hospitalisation de jour. Selon les désirs de la patiente, on peut simplement la tatouer, ou faire des greffes de peau prélevée soit au niveau de l’aine, soit au niveau de l’autre mamelon. Dans certains cas, il est nécessaire de faire une dermopigmentation qui, malheureusement, s’éclaircit dans le temps. Si l’on choisit la greffe de l’aine, des bulbes pileux peuvent rester et des poils disgracieux apparaitront. L’épilation définitive ou la simple pince à épiler peuvent y remédier. Il faut noter que le mamelon n’aura pas la même sensibilité que l’autre, tout comme le sein reconstruit.


Quant à la prise en charge par la Sécurité Sociale, elle est de 100% pour la reconstruction. En cas de symétrisation, le remboursement se fait sur examen du dossier. Attention, certains chirurgiens  pratiquent des dépassements d’honoraires qui peuvent être pris en charge par certaines mutuelles.

Le chemin de la reconstruction s’apparente parfois à un véritable parcours du combattant. Mais le jeu en vaut la chandelle puisqu’aujourd’hui les prouesses techniques permettent des résultats plus que satisfaisants et les femmes qui le décident peuvent enfin retrouver une image conforme à leur souhait.


Catherine Cerisey

Pour voir les résultats possibles en fonction des différentes techniques,  un très beau livre : « j’ai un cancer du sein et après » du Professeur Pascal Bonnier illustré de photographies de Florian Launette – Romain Pages édition


 

Commentaires : (15)

Portrait de nathy1375

Bonjour, j'ai subi l'ablation du sein gauche il y 2 mois tout juste et j'ai 35 ans. j'ai "bénéficié" d"une reconstruction immédiate comme Emma par prothèse sous pectorale. Je vais mieux, j'ai revu le chirurgien qui est très satisfait de son travail moi c'est plus mitigé. Je sent cette masse à gauche, indolore, pommelée tandis que l'autre sein est plus tombant. Ce qui me gène le plus c'est lorsque je suis allongé : le sein reconstruit est droit tandis que l'autre s'étale. J'ai l'impression que je ressemble à rien... On me parle déjà de la reconstruction aréole mamelon grèffe ou tatouage ???. Mon mari m'entoure bcp ms je dois avouer que je suis un peu perdue. qqun a til des conseils à me donner ?

Portrait de Sabine59

bonjour, j'ai subi depus 2001 plusieurs récidives. En 2006 on m'a enlevé le sein gauche et fait une reconstruction immédiate à une prothèse et l'épiplon. l'année suivant ganglions au sein droit. ils ont été enlevés et là je suis soous chimiothérapie orale depuis 1 an. 14 jours de traitement, 7 jours de repos, prise de sang et on repart pour 14 jours.
Ces cibtraintes mépuisent
de plus pour moi je suis mutilée et je n'accepte pas que mon mari me voit dans la salle de bain.
cette recontruction a été bien faite (4 heures sur la table avec 2 chirurgiens.

Portrait de Martine 44

Bonjour

j'ai eu une mamectomie total du sein droit.
On ne m'a jamai parlé de reconstruction

Portrait de catherine

Bonjour Margotton,

La douleur est très subjective. Avez vous beaucoup souffert lors de la première opération? Néanmoins, la symétrisation de l'autre sein par prothèse est sensiblement moins douloureuse qu'une reconstruction autologue par lambeau.
Bon courage et à bientôt

Catherine

Portrait de margotton

Pour Marie-Renée, je suis sortie mardi dernier de l'hôpital. J'ai eu l'ablation du sein gauche avec reconstitution immédiate avec la peau de mon sein. J'ai réussi aujourd'hui seulement de me regarder dans la glace. Ce qui est terrible pour moi c'est le toucher quand il faut le laver c'est comme si j'avais quelque chose de coller, c'est dur c'est moche évidemment et surtout insensible
J'avoue avoir peur de la suite car d'après Marie-Renée la pose du téton et le tatouage ne sont pas évident?
J'aurais voulu savoir si l'opération de relever l'autre sein pour faire la symétrie est douloureuse?
Cordialement
Nadine

Portrait de allogreffe

pour Reskp: oui, il faut compter un arrêt de travail de deux mois par exemple en cas de reconstruction par lambeau dorsal. Il faut sutout faire le bon choix à la fois de la technique à utiliser et du chirurgien et de ses honoraires. ex, si vous jouez au golf de manière professionnelle, certaines techniques conviendront mieux que d'autres. Pour le choix du chirurgien, si vous avez le temps, allez voir vous même et renseignez vous auprès d'anciennes patientes, enquête de satisfaction... pour les honoraires, demandez un devis et non des tarifs, car des dépassements peuvent être appliqués alors même que des conventions sont passées entre l'hôpital et le chirurgien: c'est le secret de la renommée. Pour ma part, je n'avais pas les moyens , c'était un chirurgien de renom mais qui appliquait d'office des dépassements d'honoraires systématiques avec engagement signé! bien qu'ayant passé un accord avec l'hôpital: conclusion, j'ai dû aller voir ailleurs. Résultat: un fiasco! donc prenez votre temps, discutez de tout et en détails, posez vos conditions et ensuite avisez. Bon courage

Portrait de ginger

merci aussi à Marie Renée et Emma.
même avec chirugie conservatrice, le sein opéré reste beaucoup plus dur que l'autre et positionné un peu plus haut.
la douche est toujours une épreuve car je refuse de me regarder dans la glace.

Portrait de catherine

Bonjour ResKP

Pour toutes les reconstructions un arrêt de travail est prévu ne serait-ce que pour le temps d'hospitalisation et quelques jours supplémentaires de convalescence. Mais il est variable selon le choix de la technique.
De même le port de bandages et les suites opératoires en général sont fonction du type d'opération que l'on vous proposera.
Je ne saurais trop vous recommander de poser la question à votre chirurgien qui saura sans nul doute répondre à toutes vos questions.
Catherine

Portrait de ResKP

J'envisage une reconstruction mammaire. J'aimerai avoir quelques renseignements. Les différentes techniques sont bien expliquées, mais je souhaiterai savoir s'il y a arrêt de travail, combien de temps, port de bandages serrés, combien de temps etc....Merci

ResKP

Portrait de emma

bonjour,
j'ai subi une ablation totale du sein droit, il y a 3 ans!J'avais alors, 35 ans et j'ai cru que la terre allait s'écrouler! Au-delà du cancer, cette annonce m'a littéralement assomée! Il était inconcevable de ne pas me faire reconstruire et j'ai du attendre 8 mois car j'ai eu de la radiothérapie! J'ai bénéficié pendant ce temps d'une prothèse adhérente mais ça a été très long et très douloureux psychologiquement, 2 fois par jour(quand je mettais et que j'enlevais ma prothèse!)
J'avais l'impression que tout le monde savait...

Au moment de la reconstruction, j'ai opté pour la méthode la moins lourde (4 interventions, quand même!!)à savoir la prothèse sous mon muscle pectoral avec symétrisation et greffe du mamelon!
C'est loin d'être parfait, mon sein est plus dur que l'autre et l'esthétique n'est pas parfait surtout que j'ai perdu entre 1 et 2 taille de soutien gorge...mais c'est toujours mieux qu'un cicatrice énorme sur un sein plat!!
chacun doit faire le choix qui lui convient même si le résultat ne représente jamais ce que l'on avait avant quoiqu'il arrive...il y a un avant et un après cancer!!
Aujourd'hui, je vais bien, je suis très entourée et je refais des projets
merci à mon mari d'être toujours là (pour lui non plus ça n'a pas été facile!!)

Portrait de Florence

Bonjour à toutes
J'ai eu la même opération que Marie-Renée, mais sans prothèse, si bien qu'on ne devrait plus toucher au sein.
Au bout de trois ans et demi, l'aréole reconstruite s'étant écrasée assez vite, on va me la refaire toute belle, avec un joli mamelon rose, et c'est pris en charge par la Sécu.
Au début, sans mamelon, c'est un peu étrange!
Comme Marie-Renée, malgré la grande difficulté de ce choix, j'en suis ravie, et je le referais sans hésiter. Je n'ai pas eu la chance d'être aussi bien accompagnée par le personnel médical, mais les réactions de mes amoureux ont été formidables.
Belles et douces pensées
Florence

Portrait de catherine

Merci à toutes et à Marie Renée un merci particulier pour ce témoignage extrêmement intéressant et très complet.

Portrait de marie-renée

lors de l'ablation j'ai bénéficié de la reconstitution immédiate par le grand lambeau dorsal avec par la suite la pose d'une prothèse en silicone.
La chirurgienne a fait une incision horizontale au niveau du soutien-gorge pour prélever le lambeau dorsal. Puis elle l'a positionné pour former un ébauche d'un sein. Pendant 24 h le lambeau est surveillé, si il est chaud cela signifie que le corps a accepté ce nouveau positionnement du lambeau.
Après quelques mois, finition du sein, tatouage de l'aréole, un incision pour tirer un petit lambeau chair pour le téton.

Le lambeau n'étant pas suffisant il y a eu la pose d'une prothèse en silicone.

Après tout cela, il y a eu un geste chirurgicale au niveau de l'autre sein. Il est remonté afin d'avoir une bonne symétrie et que le poids de la poitrine soit harmonieusement réparti

je suis satisfaite de la reconstitution, la cicatrice est pratiquement invisible. Je n'ai aucun regret de l'avoir fait.
La prothèse sera changée en 2012 car les prothèse ont une durée de vie d'environ 10 ans.

Lors d'une hospitalisation dans le service avant l'ablation j'ai énormément dialogué avec le personnel soignant, posant des millier de questions sur les différentes sortes de reconstitution.
Le médecin m'a aussi dit qu'il fallait bien faire le deuil du sein amputé pour accepter et bien vivre la reconstitution

j'ai eu la chance de bénéficier de la reconstitution immédiate car aucun traitement était nécessaire

excusez-moi de ce long message, j'espère avoir été clair et concise

amitié

Portrait de Anne

Merci Catherine de toutes ces infos synthétisées et compréhensibles.

Portrait de Francoise Soros

Merci à Catherine pour ce super billet !

Françoise
Site web : http://www.urinaire.com