Pour pallier l’encombrement des consultations de cancérologie dans les grandes institutions, des réseaux permettant aux patientes d’alterner entre visites de contrôle à l’hôpital et chez des médecins de ville sont désormais mis en place. Si la formule amène en effet plus de fluidité logistique, comment est-elle perçue par les patientes concernées ? Se sentent-elles réellement accompagnées ?

 suivi alterné, relais

C’est la formule dont on parle et qui pourrait bien s’étendre dans les années à venir. Le suivi alterné permet en effet d’alléger considérablement l’agenda des cancérologues, en orientant chez des confrères en ville leurs patientes touchées par un cancer du sein et suivies en visites de contrôle. Cette  prise en charge se fait sur libre consentement de la patiente. Ouvert à toutes dès lors que leurs médecins de ville sont  enregistrés au sein du réseau, le suivi alterné est en général proposé après les traitements hospitaliers, et suspendu automatiquement en cas de récidive ou sur simple demande des patientes.

Concrètement, la patiente alterne un rendez-vous chez son oncologue avec une consultation chez son  médecin de ville –  généraliste ou gynécologue – puis de nouveau, elle consulte son oncologue, etc. A l’Institut Curie de Paris, l’alternance se fait essentiellement entre cancérologues et gynécologues ; au Centre des maladies du sein de l’hôpital Saint-Louis à Paris, c’est un réseau plus large de santé composé de professionnels médicaux, paramédicaux et psychosociaux qui fonctionne depuis 2005. Dans certains établissements privés, la formule est aussi testée sous des formes un peu différentes. Ainsi, Véronique, opérée l’année dernière au Centre Hartmann de Neuilly voit désormais en alternance, sur le même lieu, son chirurgien et son radiothérapeute pour ses visites de surveillance.  Une autre manière de ne pas monopoliser un seul soignant.

Dans tous ces cas, c’est l’informatique qui fait le lien entre ces professionnels, grâce à une fiche de liaison gérée par ordinateurs.

Des motifs de satisfaction pour les soignants

Du côté des soignants, la formule amène de réels avantages. Pour le Dr Edwige Bourstyn, chirurgien au Centre des maladies du sein à Saint Louis, le bénéfice principal est le gain de temps. Avec le nombre croissant de patientes, les consultations qui se multipliant,  devenaient de plus en plus rapides, il était urgent de retrouver un équilibre pour redonner des consultations de qualité aux patientes tout juste diagnostiquées. « Ce n’est pas qu’une question de décharge. Je reçois le matin les nouvelles patientes pour lesquelles je mobilise beaucoup d’énergie, et l’après-midi – pendant laquelle les retards de la journée se sont parfois accumulés – les patientes en suivi. Je suis souvent frustrée de ne pas pouvoir accorder à celles-ci le temps nécessaire, d’autant plus qu’en moyenne une consultation de suivi dure la moitié ou le tiers du temps d’une consultation d’annonce de la maladie –déclarée moment clé depuis le premier plan cancer. » 

Pour le Dr Bernadette Carcopino, gynécologue à Paris, présidente du « Saint-Louis Réseau Sein », le suivi alterné est aussi un moyen de rester en lien avec ces patientes dont elle avait suivi les grossesses, ou partagé un peu de leur vie. « Souvent je connais ces femmes depuis longtemps, donc quand je les envoie au Centre, accompagnées d’un courrier que j’ai rédigé moi-même devant elles, elles se sentent prises en considération et encadrées jusqu’au bout, ce qui leur  donne confiance pour revenir vers moi en  suivi  alterné après l’arrêt de leurs traitements. On peut alors faire le bilan de leur qualité de vie ou oser parler des conséquences physiques de leurs chimios ou radiothérapie».

Une formule qui satisfait tout autant les médecins généralistes. Pour le Dr Dominique Delfieu, dont le travail à l’hôpital et en cabinet à Paris lui confère une vision « à la fois de piéton et d’automobiliste », le suivi alterné permet de remettre l’expertise de sa profession « dans la boucle », vœu cher au Plan cancer 2, tant il est vrai « qu’en oncologie,  le médecin généraliste ne peut pas tout savoir mais a des connaissances différentes de celles détenues par le cancérologue… ». 

Mais pour ce médecin de ville, le suivi alterné n’est pas tout blanc ni tout rose et nécessite notamment d’être très encadré et « protocolarisé »: « ce système est avantageux, poursuit le Dr Dominique Delfieu ; mais j’insiste sur le fait que l’oncologue doit rester le responsable du traitement qu’il a fait ou initié, et ne pas « abandonner » son patient à la médecine de ville ».   

Pour les patientes,  un retour progressif à la vie normale

Les patientes se sentiraient-elles abandonnées ? Véronique reconnaît avoir pensé que son cancérologue l’orientait une fois sur deux chez son gynécologue-chirurgien « pour ne pas créer de relation durable avec elle ». Un doute qui a été très passager. « J’ai ensuite pensé que c’était plutôt un bon signe pronostique ! »

Quelques femmes refusent ce mode de suivi. L’une d’entre elles parce qu’elle ne voulait pas retourner voir le médecin de ville qui lui avait  diagnostiqué son cancer. Une autre  parce qu’elle ne faisait pas confiance aux « gynécologues de ville » pour évaluer  son cancer ; une autre avoue ne  pas s’être engagée dans le suivi « externalisé » parce qu’elle considérait avoir tissé des liens forts avec son cancérologue, qu’elle désigne clairement comme « son sauveur ».

S’il n’est pas toujours simple pour la patiente de couper le cordon, de s’affranchir de la sécurité apportée par l’hôpital, le suivi alterné peut permettre cependant de réaliser un « sevrage » en douceur. C’est aussi une façon de réintégrer sa vie doucement et de reprendre pied dans le quotidien. Le Dr Edwige Bourstyn  résume ainsi la situation : « L’hôpital est souvent vécu comme un lieu hostile, mais qui en même temps rassure. Et le suivi alterné apporte à la fois les avantages de l’hôpital qui sécurise et ceux des soins en ville qui réconfortent ».

Pour les patientes qui ont demandé elles-mêmes à passer en suivi alterné, le désir de se « libérer un peu de l’hôpital » est clairement énoncé.  Venir moins régulièrement en consultation de cancérologie leur apporte un nouveau souffle, une souplesse, un gain de temps et… leur évite de rencontrer encore et toujours des malades.

Car comme l’avoue l’une d’entre elles : « A l’hôpital,  j’ai trouvé difficile de voir d’autres patientes à des étapes plus avancées de leur parcours… Au moins, dans la salle d'attente de ma gynécologue, je ne suis pas étiquetée "cancéreuse", je redeviens une  patiente lambda, et je me dis que le cancer est loin derrière moi. » Un sentiment de liberté qui ne saurait se passer cependant d’une grande vigilance. « Malgré tout, je reste "connectée" avec l'hôpital donc c'est rassurant si jamais un pépin arrive, et en plus je ne m’occupe pas de mon transfert de dossier, des résultats d’examen, etc. C'est fait automatiquement entre mes soignants ».

Aujourd’hui, plus de 700 femmes ont notamment intégré le Saint-Louis réseau Sein et aucune d’entre elles n’a été perdue de vue.

Stéphanie Honoré

 

 

Pour en savoir plus :

Saint Louis réseau sein

 

Commentaires : (3)

Portrait de aiglonne

C'est vrai que le rythme de visites entre l'oncologue, le chirurgien, la radiothérapeute revient à avoir un rdv tous les 3 mois sans compter la visite liée au tamoxifène chez la gynéco tous les 6 mois.
Ras le bol. En prime je suis suivie par 2 oncologues une brute et une humaine.
En juin dernier c'était la visite avec la radiothérapeute ok RAS.
En septembre visite chez l'oncologue brute : 15mn top chrono : lecture du dossier même pas "comment allez-vous ?", aucune question de sa part et "bon passez à côté mettez-vous torse nu et je vous examine". Là pétage de plombs j'ai dit NON, vous ne m'examinerez pas, je vois ma gynéco dans deux mois.
j'ai senti le monsieur un peu interloqué mais il n'a pas insisté. En novembre j'ai passé tous les examens de contrôle, vu la gynéco RAS.
Par la suite reçu une convocation pour voir le chirurgien en décembre soit même pas un mois après la visite chez la gynéco et les examens. J'ai annulé le rendez-vous. Psychologiquement c'est devenu trop difficile de retourner à l'hopital pour les visites entre les différents intervenants.
Effectivement si je n'avais pas ce suivi lié au tamoxifène tous les 6 mois je réagirais différemment.
Après discussion avec la gynéco on a acté que je garderais contact avec l'oncologue "humaine" et qu'elles travailleraient ensemble donc a priori les échanges se passent bien.
Demain je vois cette oncologue pour une visite non effectuée en novembre avec tous les résultats d'examen pour voir si on peut enlever le PAC.
compte-tenu du fait que je revois la gynéco début mai, j'ai décidé que l'oncologue ne m'examinerai pas.
Cela est du ressort de ma gynéco.
Pas la sensation de prendre des risques. Il ya tojours un lien avec l'hopital. Concernnat le passage des examens je les fais dans le privé toujours dans les mêmes endroits.

Portrait de cerOnac

Ce serait l'idéal que ce suivi alterné fonctionne (ou fonctionne bien) partout... Il reste malgré tout des zones d'ombres, des choses concrètes à mettre en place, on est pas encore arrivé mais ça bouge !

Dernièrement, mon onco m'a proposée de continuer avec elle le suivi ou avec mon medecin traitant ! Là y'avait rien d'alterné pour le coup ! Sur l'instant, je n'ai pas eu la réponse : mon médecin traitant représentait (pour moi) un retour à la vie normale et mon onco : le cocon sécurisant où je suis suivie depuis qqs années ! ça me plaisait bien moi justement ce suivi alterné, voir mon médecin pour un examen de contrôle suivi de mon gynéco et six mois après mon onco pour le bilan...

J'ai choisi mon médecin traitant, je me suis dit que sans doute mon onco avait besoin de son temps pour de nouveaux arrivants toujours plus nombreux malheureusement... et sans doute j'avais envie de ce pied hors de l'hôpital ?

Dernièrement, j'ai eu besoin de passer des examens et là ! surprise... dans l'établissement où je suis suivie normalement je n'avais pas le droit de passer des examens (radios, echo, scan, irm, scinti...) avec une ordonnance de l'extérieure (celle de mon médecin traitant) ! mais dans un centre extérieur le délai d'attente était trop important pour mon moral et je me sentais rassurée de passer mes examens là où on ne fait que ça à longueur de journée et où les radiologues connaissent mon cas ! Du coup, j'ai dû reprendre RV avec mon onco pour passer les examens rapidement...

Moralité, si on choisit le dehors c'est DEHORS ! Sauf bien sûr en cas de pépin, auquel cas l'onco m'a dit qu'elle me donnait de suite un RV...

cerOnac
"On ne voit bien qu'avec le coeur... L'essentiel est invisible pour les yeux"
"seules comptent les minutes qui ressemblent à ce que tu seras"
"On peut construire quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin"

Portrait de halize

bonjour

C'est dans un esprit de "libération" que j'ai demandé de diminué le suivit au centre anticancer qui me suit. En effet je devais voir mon chirurgien ou mon oncologue tous les 6 mois plus ma Gynéco pour suivit obligatoire tous les 6 mois aussi du traitement par tamoxifène. J'avais l'impression de passer ma vie chez les médecins..... donc j'ai supprimé avec l'accord de l'oncologue la consultation avec le chirurgien. et je trouve que 3 consultation par an pour ce cancer c'est bien assez...... le plus souvent je trouve ça trop lourd mais bon...... Car il na faut pas oublier la mammo de contrôle, ce qui revient à une visite tous les 3 mois !!!! Et mon medecin traitant, qui est très impliqué et qui me fait un examen des seins à chaque consult, alors là si je passe à travers ce sera manque de chance!!!......LOL
Par contre, ce qui est proposé me parait intéressant car il y a un réel échange entre les praticiens. Dans mon cas l'oncologue envoie bien les conte-rendus au gynéco mais l'inverse ne se fait pas pour l'instant.
bonne journée à tous