Elle était américaine, intellectuelle, homosexuelle, rebelle, névrosée, grande spécialiste de la photographie, romancière, mère d’un garçon… une femme forte, très forte. En 1976, à l’âge de 43 ans, Susan Sontag se découvrait un cancer du sein. Elle a écrit sur sa maladie, avec la volonté de pourchasser toutes les fausses images attachées au cancer. A découvrir.


 


Elle était américaine, intellectuelle, homosexuelle, rebelle, névrosée, grande spécialiste de la photographie, romancière, mère d’un garçon… une femme forte, très forte. En 1976, à l’âge de 43 ans, Susan Sontag subit une masectomie et se rétablit peu à peu d’un cancer du sein. Elle prend sa guérison à bras le corps en choisissant de faire des recherches et d’écrire pendant de longs mois sur sa maladie. Son objectif, dégager le cancer de toutes les fausses images et mythologies qui lui sont spontanément attachées : le « Crabe », une maladie qui consume le corps, l’idée que certains tempéraments psychologiques y sont plus exposés que d’autres…Tout y passe et se retrouve mis en doute, souvent pulvérisé par la colère abrasive de Susan Sontag. Comme si cet esprit exigeant voulait se retrouver dans un face à face authentique avec une maladie que l’on cachait encore à celui qui en était atteint en 1978, date où elle a écrit ce manifeste de survie et de rigueur nécessaires. L’ensemble fait du bien, à la manière d’un verre d’eau jeté en plein visage et qui vous réveille. Notamment lorsque Susan Sontag compare l’évolution des mythes attachés au cancer à ceux que généra une autre maladie du siècle, la tuberculose. Tant que l’on ne sût pas d’où elle venait ni comment la guérir, la maladie romantique par excellence était vue comme un châtiment allant bien aux âmes déchirées des poètes maudits…jusqu’au jour où l’on isola le Bacille de Koch ! Susan Sontag annonce - même si elle ne le connut pas, elle qui mourut en 2004- ce temps de bascule où l’on comprendra totalement le cancer et où « l’encombrant appareil de la métaphore » s’effacera. En attendant, lire son texte permet de se dégager un peu des préjugés, croyances, spéculations inutiles qui encombrent  inutilement l’esprit de ceux qui sont juste…malades.


Pascale Senk

Commentaires : (3)

Portrait de Marienette

Je connaissais déjà S Sontag avant d'être malade comme spécialiste de l'image et j'appréciais ses textes. Quand je suis "tombée en cancer" j'ai acheté assez vite la maladie comme métaphore et j'ai été très intéressée par sa réflexion. Une façon de m'aider à tenir.
Son fils a publié récemment un livre sur sa fin de vie. Je n'ai pas été surprise d'apprendre qu'elle a cherché jusqu'au bout à lutter contre le mal, qu'elle refusait obstinément de quitter cette vie, ce monde si passionnants qu'elle prenait plaisir à analyser et à tenter de comprendre.

Portrait de Marina

Pour mieux connaître Susan Sontag, je conseille le premier volet d'une série de trois volumes qui est sorti il y a quelques mois dont le joli titre "Renaître" m'avait attiré. Renaître, être de nouveau quelque chose ou quelqu'un : Susan Sontag pensait qu'on pouvait toujours tout "re-faire", et se recréer avec la volonté comme l'écrit son fils en préface. Ce premier volet de journaux intimes, de pensées brutes parfois, de commentaires sur ce qu'elle vit et ce qu'elle voit montre son évolution personnelle et professionnelle jusqu'au début des années 60. Susan Sontag a eu trois cancers et jusqu'au bout elle a pensé qu'elle allait survivre. Elle croyait en son étoile. Croyez en votre étoile.

Marina

Portrait de Cathie

Passionnante découverte de cette femme, merci!
On rigolera noir, mais on rigolera sûrement quand on revisitera tous les clichés des cancers sous l'éclairage de sa réelle cause... un jour