Il fait gris et mon moral est aussi terne que le temps. Je me traine un spleen gluant, bouillasse de peur, de doute et de ras le bol. Marre de passer d’un traitement à l’autre, de ces odeurs d’hosto, de ces examens sans fin, de ces petites douleurs répétitives, une perfusion par ci, une prise de sang par là, …

La ligne est invisible, et pourtant elle est là entre les bien-portants et moi. Comme si en embrassant le cancer à pleine bouche, je m’étais fiancée pour toujours à une forme de marginalité. Je suis bien décidée à rester ancrée dans l’existence, mais il n’empêche, je reste rivée de « l’autre côté », celui du monde des malades. D’ailleurs, les autres ne m’envisagent-ils pas à travers ce prisme ?